HUMEUR

je suis une éponge

Introspection d’une substance poreuse qui peut absorber jusqu’à vingt-deux fois sa masse sèche et qui les rejETte à la pression.

OCTOBRE 2017 – OCTOBRE 2018

Parce que ce n’était pas dans les plans, parce que j’ai toujours été fière de pouvoir dire de mes parents qu’ils étaient mariés depuis tant de temps, parce qu’on a toujours trouvé ça beau un mariage qui dure et perdure « de nos jours ».

Parce que j’admire le courage de celle qui prend la décision de partir après 30 ans, parce que le bonheur est égoïste. Parce que c’est jamais le bon moment, parce que je comprends. Parce que j’aperçois la femme et l’homme qu’ils sont avant d’être (mes) parents. Parce que si le bonheur est ailleurs d’accord mais faut s’en parler d’abord ; parce que le silence fait beaucoup de bruit. Parce que mon papa c’est le plus fort mais qu’il a le coeur en miettes et la tête en vrac. Parce qu’on veut – et quand on veut on peut – se faire la guerre aussi fort qu’on a fait l’amour, et que ça fait peine à voir.

 Je sais qu’il faut faire la part des choses. Parce que d’un côté il y a une mère libérée et de l’autre un père dévasté, d’un côté une femme épanouie et de l’autre un homme à terre. Sauf que j’ai le cul entre deux chaises et que je perds l’équilibre. Parce que mon coeur balance ; parce qu’une tonne de plumes égale une tonne de plomb. Parce que tout le monde en parle et que le téléphone arabe, aujourd’hui, c’est bien moins drôle qu’à la récré ; parce que je n’ai vraiment pas envie de jouer. Parce que la famille se décompose ; parce que j’ai un poids lourd sur le coeur, la gorge nouée, la tête qui tourne et les épaules basses, lasse. Parce que ce n’est plus pareil : parce que – depuis un an maintenant – le weekend, je vais voir maman ou papa ; parce que je fais bonne figure. Parce qu’en vrai je redoute les évènements à venir ; même si je croise fort les dix doigts pour les voir faire ami-ami d’ici là, à Miami ou ailleurs. Parce que je suis la Suisse.

Parce que ce n’était pas parfait mais c’était nous ; parce que ça a existé. Parce que je parle au passé. Je dis « nous » parce que je me sens concernée, parce que je me sens impliquée. Parce que c’est plus fort que moi ; parce que j’ai l’impression qu’il y a quelque chose à sauver. Parce qu’ils se connaissent depuis la nuit des temps, parce qu’ils avaient 11 et 12 ans. Parce qu’il n’avait d’yeux que pour elle ; parce que loin des yeux loin du coeur. Parce qu’elle est heureuse sans lui ; parce qu’il est malheureux comme les pierres.

Parce que ce n’était pas censé se passer comme ça ; parce que c’est du gâchis. Parce que je fais genre mais que je n’en mène pas large, envie de prendre le large.  Parce que c’est le dos tourné que je perds la face ; parce que je suis en apnée, en surface.

Parce que je suis une éponge,
et Bob n’a qu’à bien se tenir !

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Comments (3)

  1. Ton billet est magnifique, tes jolis mots m’ont fait versé une larme. Même si on ne se connaît pas, je suis désolée pour toi.. N’oublie pas, le temps guérit (un peu) les peines..
    Courage <3