Catégorie : HUMEUR

carpe diem

HUMEUR

carpe diem

quam minimum credula postero

Aujourd’hui, j’ai presque 30 ans – 28 ans depuis longtemps – et je quitte tout pour aller voir ailleurs si j’y suis. Je mets fin à mon contrat à durée indéterminée (comme si les jours n’étaient finalement pas comptés), je rends les clefs de mon appartement, et les deux chats sous le bras, je débarque chez belle-maman, mon billet simple en poche, je compte les jours sans réaliser vraiment. Je n’écoute que moi et ce besoin viscéral de partir loin, avec toutes les paillettes que mes copines baroudeuses m’ont déjà mis dans les yeux et les papillons que j’ai dans le ventre. J’entends, cependant, les (remises en) questions des gens. Ces questions qui freinent pas mal d’élans, ces questions sans réponse qui font faire trois pas en arrière quand t’en as fait un grand en avant. Et parce que ces questions méritent des réponses, parce que pile ou face, voilà ce que j’en pense.

Pourquoi maintenant ? à presque 30 ans.

Je ne pense pas qu’il y ait un seul bon moment, peut-être un moment plus propice qu’un autre. Je pense surtout que c’est maintenant ou jamais à un moment donné, quelque soit l’âge de chacun, les origines, le statut, la situation, le contexte, la pointure ou la couleur de cheveux. Aujourd’hui, c’est mon moment, c’est maintenant ou jamais et je ne saurais dire exactement pourquoi.

En vérité, le temps file, il défile : métro-boulot-dodo, c’est la course folle et les fous du volant ; il n’est presque pas permis – à ce rythme-là – de prendre le temps (puisqu’on court après, le souffle court) et de se demander alors ce que l’on veut vraiment. La vie fait que, un jour, tous les plans sont à revoir. Alors, au jour le jour, j’apprends, je prends des notes pour trop tard et j’avise, j’improvise. Il paraît que c’est risqué, à presque 30 ans, de tout quitter : et le trou sur le CV ? et le gouffre financier ? et le mariage ? et les enfants ? alors je prends le risque de tout, j’assume, parce que la vie ce n’est pas ça. La vie c’est pas un réveil à 7h, un petit dej’ devant les clips à la télévision, un métro au ralenti ou un train en retard, un boss de mauvais poil, un écran d’ordinateur, des mails à traiter, un siège mal réglé, un bureau pas bien éclairé, des rendez-vous annulés, pas de vie privée, un métro blindé, un épisode des Marseillais, une soupe et au lit. La vie, c’est pas forcément un mariage et deux enfants à 30 ans, une belle maison et un chien sur le perron. Si je me sens vivante à l’idée d’aller voir ailleurs si j’y suis, alors j’y vais. Si tu te sens vivante à l’idée de partir élever des chèvres dans le Larzac, alors vas-y. Il n’est pas question de s’en poser mille, c’est juste maintenant ou jamais à un moment donné. Il n’est surtout pas question de s’arrêter de rêver.

Pour quoi faire ? 

J’ai été de ceux qui réalisent, quand quelqu’un s’en va trop tôt (toujours), que la vie ne tient finalement qu’à un fil et qu’il nous faut absolument en profiter. Et parce que demain est un autre jour, j’ai été de ceux qui vont prendre à nouveau le métro – l’air de rien – pour travailler dur à réaliser les rêves d’un autre. J’ai aussi été de ceux qui regardent Rendez-vous en terre inconnue , un soir à la télévision, de ceux dont la gorge se serre, les yeux s’inondent, le coeur palpite et le ventre se noue quand les membres d’une tribus des plus isolée du monde te donnent une leçon de vie, l’esprit le plus ouvert qui soit ; et j’ai été de ceux qui se mettent ensuite à reconsidérer les choses en théorie plutôt qu’en pratique.

Parce que la vie ne tient qu’à un fil & parce qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait, je m’en vais. Je m’en vais voir ce que le monde a à offrir, à la recherche du vrai. Je vais à l’essentiel, je prends le temps pour moi. J’ai reconsidéré cent fois les choses en théorie, il est temps de mettre tout ça en pratique, voyage initiatique. L’aventure n’est pas forcément synonyme de voyage, elle peut être synonyme de reconversion professionnelle, d’entrepreneuriat, d’activité sportive ou artistique qu’on se dit trop vieux pour exercer maintenant, de déménagement, etc. L’aventure, c’est se sentir vivant, peu importe ce qui nous anime.

Pourquoi pas ?

Tout cela n’est qu’une question de choix, et tout le monde est – à mon sens – en mesure de les faire. J’ai, aujourd’hui, le cran d’entreprendre ce qui me plait de faire dans cette vie-là, et j’ai cette chance d’être bien accompagnée ; mais pour le reste il est question d’audace, je crois. On a plus souvent qu’il n’y paraît l’occasion de la réflexion : parce que la vie fait que, encore une fois. Et parce qu’effectivement, “Le premier pas pour avoir ce que vous voulez, c’est d’avoir le courage de quitter ce que vous ne voulez plus.” Je savais ce que je voulais vraiment, au fond : je voulais (je veux) rencontrer, échanger, partager, marcher pieds nus, découvrir, apprendre, comprendre, me fabriquer des souvenirs, vivre pleinement l’instant présent, carpe diem. Il ne me restait plus qu’à quitter ce que je ne voulais plus : et je ne voulais plus subir le lundi (comme tout le monde), compter les jours jusqu’au vendredi, me faire des noeuds à l’estomac quand un client demande 503 cadrages pour hier et que c’est presqu’une question de vie ou de mort, payer si cher pour si peu de mètres carrés, du béton tout autour. Je ne voulais surtout pas avoir de regrets un de ces jours. Il est question d’oser, de (se) risquer, de sauter plutôt que de rester coincé là, à se demander chaque matin ce qu’il y a en contre-bas. On n’a qu’une vie il paraît, alors pourquoi pas ?

je suis une éponge

HUMEUR

je suis une éponge

Introspection d’une substance poreuse qui peut absorber jusqu’à vingt-deux fois sa masse sèche et qui les rejette à la pression.

OCTOBRE 2017 – OCTOBRE 2018

Parce que ce n’était pas dans les plans, parce que j’ai toujours été fière de pouvoir dire de mes parents qu’ils étaient mariés depuis tant de temps, parce qu’on a toujours trouvé ça beau un mariage qui dure et perdure “de nos jours”.

Parce que j’admire le courage de celle qui prend la décision de partir après 30 ans, parce que le bonheur est égoïste. Parce que c’est jamais le bon moment, parce que je comprends. Parce que j’aperçois la femme et l’homme qu’ils sont avant d’être (mes) parents. Parce que si le bonheur est ailleurs d’accord mais faut s’en parler d’abord ; parce que le silence fait beaucoup de bruit. Parce que mon papa c’est le plus fort mais qu’il a le coeur en miettes et la tête en vrac. Parce qu’on veut – et quand on veut on peut – se faire la guerre aussi fort qu’on a fait l’amour, et que ça fait peine à voir.

 Je sais qu’il faut faire la part des choses. Parce que d’un côté il y a une mère libérée et de l’autre un père dévasté, d’un côté une femme épanouie et de l’autre un homme à terre. Sauf que j’ai le cul entre deux chaises et que je perds l’équilibre. Parce que mon coeur balance ; parce qu’une tonne de plumes égale une tonne de plomb. Parce que tout le monde en parle et que le téléphone arabe, aujourd’hui, c’est bien moins drôle qu’à la récré ; parce que je n’ai vraiment pas envie de jouer. Parce que la famille se décompose ; parce que j’ai un poids lourd sur le coeur, la gorge nouée, la tête qui tourne et les épaules basses, lasse. Parce que ce n’est plus pareil : parce que – depuis un an maintenant – le weekend, je vais voir maman ou papa ; parce que je fais bonne figure. Parce qu’en vrai je redoute les évènements à venir ; même si je croise fort les dix doigts pour les voir faire ami-ami d’ici là, à Miami ou ailleurs. Parce que je suis la Suisse.

Parce que ce n’était pas parfait mais c’était nous ; parce que ça a existé. Parce que je parle au passé. Je dis “nous” parce que je me sens concernée, parce que je me sens impliquée. Parce que c’est plus fort que moi ; parce que j’ai l’impression qu’il y a quelque chose à sauver. Parce qu’ils se connaissent depuis la nuit des temps, parce qu’ils avaient 11 et 12 ans. Parce qu’il n’avait d’yeux que pour elle ; parce que loin des yeux loin du coeur. Parce qu’elle est heureuse sans lui ; parce qu’il est malheureux comme les pierres.

Parce que ce n’était pas censé se passer comme ça ; parce que c’est du gâchis. Parce que je fais genre mais que je n’en mène pas large, envie de prendre le large.  Parce que c’est le dos tourné que je perds la face ; parce que je suis en apnée, en surface.

Parce que je suis une éponge,
et Bob n’a qu’à bien se tenir !